Lettre en réponse à la lettre d’opinion de Pierre J. Boucher, parut en «tribune libre», dans l’édition du samedi, 3 février dernier.
Il n’est pas facile, à la lecture de la lettre de M. Boucher, de savoir si ce dernier parle des Hurons de Wendake, des autochtones de manière générale ou encore des fondements éthiques de la politique québécoise. Cela est finalement sans grande importance, puisque la lettre en question n’est finalement qu’une litanie de commentaires racistes réchauffés, de phrases chocs (les autochtones ne paient pas d’impôts!) et d’erreurs factuelles; erreurs qu’il serait fastidieux de reprendre et de corriger une à une.
En fait, les erreurs de M. Boucher découle du fait qu’il accepte, comme plusieurs, l’idée qu’il existe une quelconque «question autochtone». Ne serait-il pas plus juste de parler d’une «question allochtone»? M. Boucher, vous qui évoquer le cas de l’Afrique du Sud, auriez-vous parlé de «question noire» ou de «question blanche» pour décrire l’Apartheid? Ceux qui, comme M. Boucher, croient que des minorités sans pouvoir politique ou économique sont les responsables de ces «questions» font gravement erreur. Pensez-y sérieusement. D’ailleurs, est-ce que ça existe vraiment un Indien; est-ce que ça existe vraiment un Noir, ou un Blanc? Pensez-y sérieusement.
Nous pourrions mentionner, par exemple, que cette histoire de «sang et de naissance» qu’évoque M. Boucher a été instauré par la «loi sur les Indiens», une création du gouvernement canadien pour déterminer qui est Indien. Cette loi a tout simplement été imposée aux populations autochtones, comme bien d’autres fardeaux d’ailleurs. Nous pourrions corriger toutes les innombrables erreurs historiques de M. Boucher, depuis son interprétation des causes de la chute de la Huronie jusqu’à son refus de croire que les autochtones forment des Nations en passant par son insinuation que les Européens avaient un quelconque droit naturel de s’établir sur le continent. Mais tout cela serait fastidieux, nous l’avons déjà dit. Au lieu de s’attaquer à des exemples, attaquons-nous plutôt au problème lui-même: l’égalité.
Ne devrions-nous pas plutôt parler d’équité? Ce qui est équitable n’est pas forcément égal. C’est pourquoi les riches paient davantage d’impôt que les pauvres: ce n’est pas égal, mais c’est équitable, ne croyez-vous pas?
Est-ce vraiment si honteux que d’aider des populations à sortir de la pauvreté et de la misère dans laquelle elles sont maintenues? Si nous devions déclarer, par magie, que tous les citoyens sont égaux, nous laisserions des populations entières isolées et dans une pauvreté abjecte. Pensez-vous vraiment que Nelson Mandela, pour reprendre votre exemple, a simplement dit «dorénavant, nous sommes tous égaux!» sans prendre de moyens politiques pour concrétiser cette égalité?
Vous, M. Boucher, qui semblez très concerné par toutes ces questions financières, vous devriez comprendre à quel point l’argent est important pour vivre. Et si vous pensez que ces coins de la Gaspésie qui sont «habités par des Blancs», comme vous le dites, sont isolés et pauvres, et bien imaginez combien les réserves peuvent l’être. Non, mieux, n’imaginez pas : allez-y. Allez voir de vos yeux une réserve comme Natuashish. Allez voir le genre de misère dont son frappé l’écrasante majorité des réserves du pays, qui n’ont pas la chance d’être situé en milieu urbain comme le Village Huron.
Il n’y a pas de «question autochtone», M. Boucher, il y a uniquement des questions d’argent: ceux qui en ont et ceux qui n’en ont pas. Il y a des riches et des pauvres et c’est tout. Pas de noirs, pas de blancs, pas d’indiens.
Lisez la loi sur les Indiens, M. Boucher. Vous y apprendrez, par exemple, que les banques et institutions financières ne peuvent pas saisir des biens sur une réserve. Conséquence: pas de prêts bancaires. Sans prêts bancaires, impossible de démarrer une entreprise. Sans entreprise, il n’y a pas d’emploi. Sans emploi, vous n’avez pas de salaire. Pas de salaire, vous ne payez pas d’impôts. Vous payer des taxes, par contre parce que vous êtes obligé de dépenser vos quelques dollars dans le village «blanc» d’à côté. Et ce n’est qu’un exemple parmi des douzaines d’autres que vous pourriez examiner.
J’invite M. Boucher, ainsi que tous ceux qui sont tenté de voir la vie en noir et blanc, en opposition «eux autres» contre «nous-autres», à prendre conscience de la complexité du monde qui les entoure et à s’informer. Nous nous sentons tous parfois (ou souvent) floués et impuissants devant le fil des évènements et les soi-disant minorités qui sont parfois des cibles séduisantes, précisément parce qu’ils sont différentes. La prochaine fois que vous sentirez monter en vous ce genre de sentiment, M. Boucher, prenez un moment pour vous demander à qui profite vraiment le racisme et le fait que les pauvres s’entredéchirent. Il y a fort à parier que la réponse ne sera pas «les autochtones».
Rectifications à propos des autochtones
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