Pourtant chargé de promesses, on dirait que chaque début d'année s'amorce plutôt dans la mélancolie. Sans doute, le fait de ranger les décorations qui ont enjolivé le temps des fêtes et de relire les voeux contenus dans les cartes de souhaits, exercices qui nous ramènent dans nos beaux et récents souvenirs, contribue au phénomène. Probablement aussi que de devoir reprendre la routine habituelle du boulot, après avoir passé tant de bons moments avec la parenté et les amis durant quelques journées de vacances bien chargées, n'aide pas davantage. La dure réalité du quotidien ressurgit subitement et s'empresse rapidement à reprendre le contrôle de nos vies trépidantes.
Assurément, les premiers moments de l'année pavent la voie aux réflexions d'ordre philosophique. Les résolutions du Jour de l'An nous portent inévitablement à dresser un bilan de notre existence. On l'espère toujours plus équilibrée, remplie de projets et de santé pour les réaliser. Du coup, on s'arrête sur le chemin parcouru et on fait la somme de nos accomplissements. Les questions cruciales s'imposent : sommes-nous devenus la personne que nous voulions être? Le temps, les études et la carrière nous ont-ils menés là où nous le souhaitions dans nos rêves d'enfance? Et, que nous réservent les années qu'il nous reste?
C'est cette question ultime qui, souvent, nous attriste davantage. Pas que l'avenir s'annonce sombre, mais bien qu'il soit si incertain et parfois si bref. Dès lors, divers récents drames et pertes d'êtres chers reviennent nous hanter. Certes, la vie est courte, mais elle l'a été davantage pour bien des gens de notre entourage ou d'autres connus par le biais des médias. Ainsi, les deux jeunes filles décédées dans l'incendie de leur maison familiale à Donnacona, à quelques jours des fêtes, auraient certainement mérité de passer cette autre période de réjouissances en famille, plutôt que de devenir une source de tristesse profonde pour les cinq survivants et l'ensemble de leur communauté. Il en va de même des quatre soldats canadiens et de la collègue journaliste qui les accompagnait, tous emportés par un engin explosif sournois posé sur leur route en Afghanistan, le 28 décembre dernier, entre deux réveillons chaleureux ici et deux sorties périlleuses là-bas.
Que dire encore à la suite de la disparition inattendue de la jeune chanteuse hispano-américaine et montréalaise d'adoption, Lhasa De Sela, qui a perdu son combat contre le cancer le soir même du 1er janvier 2010, à l'âge de 37 ans? Elle qui a su envoûter le coeur et l'esprit des mélomanes par sa voix chargée d'émotion et ses rythmes uniques, et qui a pu conquérir les critiques du globe avec seulement trois albums, pouvait légitimement espérer polir son talent pendant plusieurs autres décennies. Bien d'autres tristes sorts ponctuent chaque calendrier annuel, qu'on feuillette rétrospectivement en le décrochant du mur. On peut, entre autres, ajouter la vedette mondiale Michael Jackson qui, bien que n'ayant pas toujours mené une existence exemplaire, aurait pu encore nous éblouir si ce n'avait été d'une intervention médicale pour le moins douteuse.
Et, combien de visages, jeunes et moins jeunes, apparaissent beaucoup trop tôt dans les pages nécrologiques des journaux? Autant d'injustices, gracieusetés de pièges et tragédies qui écourtent d'innombrables existences, alors qu'une année nouvelle commence. Il n'y a pas à dire, la vie est trop courte et très fragile. D'où l'importance de profiter de chaque journée qui nous est offerte…
La fragilité de la vie
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