Pôle de compétitivité, grappe industrielle, secteur d'excellence, cluster... Tous des synonymes qui désignent la réponse des gouvernements aux nouvelles réalités de l'économie mondiale.
Il s'agit concrètement d'une concentration géographique d'entreprises oeuvrant dans un même domaine et qui sont soutenues par un réseau d'universités et de centres de recherche. Dans la région, on pense au secteur de l'optique-photonique, des technologies de l'information et divertissement interactif ou encore la biopharmaceutique.
L'avantage de tels regroupements est qu'ils accroissent la compétitivité de leurs entreprises en augmentant leur productivité, en stimulant l'innovation et en favorisant l'émergence de nouvelles entreprises.
Les bouleversements provoqués par la mondialisation ont forcé les États à revoir leur stratégie de développement économique et à suivre ce modèle.
«La mondialisation a provoqué un véritable choc psychologique en France et nous a obligés à nous organiser différemment pour faire face à la compétition, expliquait Nicolas Jacquet, directeur général de la Chambre de commerce et d'industrie de Paris et ancien chef de cabinet du premier ministre Raffarin, à l'occasion du dernier Colloque de la Fondation de l'entrepreneurship. Les pôles de compétitivité ont été notre réponse.»
En moins de cinq ans, 71 pôles ont vu le jour en France, dont celui de l'aéronautique à Toulouse qui forme, avec Montréal et Seattle, les trois plus grands centres aérospatiaux au monde.
La recette, suivie aussi au Québec, est simple, mais prend une solide volonté politique pour se concrétiser. «Il faut d'abord choisir un secteur de croissance et identifier une région où existe une adéquation entre le potentiel de recherche et le potentiel industriel», affirme M. Jacquet. Ensuite, par des incitatifs fiscaux et des investissements ciblés, le pôle prend forme.
Encore faut-il que les entreprises soient prêtes à collaborer. «C'est vrai qu'il faut convaincre des concurrents de s'asseoir autour d'une même table pour travailler ensemble tout en évitant la collusion, convient M. Jacquet. Il faut trouver l'équilibre entre la crainte de perdre des brevets et du savoir-faire au profit de la compétition et la tentation d'établir des pratiques non concurrentielles.»
À ce niveau, les entreprises d'Aéro Montréal, la grappe industrielle de l'aéronautique à Montréal, ont établi leur collaboration au niveau de la recherche précompétitive et des orientations stratégiques à plus long terme. Même chose en France, où Renault et Peugeot ont mis leurs efforts en commun pour la construction d'une soufflerie et la recherche sur l'aérodynamique des véhicules.
Après les premières années «d'euphorie», les pôles français font maintenant face à certaines questions qui pourraient bientôt se poser à ceux du Québec.
Daniel Darmon, de la délégation française présente au Colloque de la Fondation de l'entrepreneurship, souligne entre autres le rôle des collectivités locales face aux pôles. Puisqu'ils sont en partie financés par les gouvernements, ont-ils toute liberté dans leurs orientations et stratégies?
«Le financement par les collectivités interfère avec la nécessaire indépendance des décideurs au sein des pôles, confirme M. Darmon. Comment conserver cette indépendance? C'est présentement en évaluation.»
La mise en réseau des pôles fait également naître de nouveaux défis. «Nous perdons le phénomène de proximité, l'émulation. Nous devons savoir jusqu'où nous pouvons aller sans oublier la raison d'être du pôle.»
Malgré ces questionnements, la place du pôle n'est nullement remise en question, car les pays émergents croient eux aussi en ses vertus et se lancent dans l'aventure.
