«Et le Canada termine quatrième à cette compétition relevée…» Voilà une phrase entendue souvent au cours des Jeux d'hiver de Vancouver. Dure réalité, autant pour les athlètes que pour leurs partisans. C'est que la fibre nationale est à fleur de peau en cette quinzaine réunissant l'élite mondiale des sports d'hiver. Les participants locaux se mettent beaucoup de pression et les sportifs de salon en rajoutent, n’exigeant rien de moins que l'excellence à chaque occasion. Pourtant, tous savent que la perfection se mesure parfois en fractions de seconde ou en millimètres. Il faut aussi que les dieux du stade soient avec nous le Jour J, lui qui ne survient qu'aux quatre ans.
Reste que, une fois la visite retournée à la maison, le Comité olympique canadien (COC) aura un examen de conscience à faire. Non pas que les performances n'ont pas été au rendez-vous, mais on en attendait davantage. La responsabilité de tant d'espoirs déçus revient aux dirigeants de la délégation canadienne qui ont fixé la barre trop haute. Prétendre que l'objectif final n'était rien d'autre qu'une domination des Jeux, avec à la clé le premier rang au classement des médailles, transpirait l'excès de confiance. Si cela peut en motiver certains à se surpasser, la plupart du temps une telle attitude risque d'occasionner deux effets pervers sur les athlètes appelés à livrer la marchandise. Ou bien ils se sentent indûment supérieurs au point de négliger la concurrence, ou encore ils craquent carrément sous la pression. Dans un cas comme dans l'autre, cela ouvre la porte à d'amères déceptions.
Il faudra aussi que le COC se penche sur son programme de motivation athlétique. L'initiative intitulée «À nous le podium 2010» ne semble pas avoir favorisé l'éclosion des meilleures performances au moment opportun. Le mandat était pourtant clair : «aider le Canada à devenir la nation qui remportera le plus grand nombre de médailles aux Jeux olympiques d'hiver de 2010». Visiblement, le message véhiculé par les 13 fédérations nationales de sports d'hiver du Canada et les principaux partenaires, dont Sport Canada, le COC et le COVAN (Comité organisateur de Vancouver 2010), n'a pas passé. L’objectif «d’offrir des ressources et des programmes sportifs de haut niveau aux athlètes canadiens et à leurs entraîneurs, afin d’aider à gravir les marches du podium» n'a pas été atteint, malgré un investissement public de 110 M$.
Sans vouloir tourner le fer dans la plaie, il y a lieu de s'interroger sur la préparation de nos athlètes. Pour le bien de la relève sportive, on doit analyser et comprendre pourquoi certains de nos champions (comme ce fut le cas particulièrement en skeleton, en ski alpin et en patinage de vitesse courte piste) n'arrivent pas à répéter leurs standards lors de l'épreuve ultime. À ce sujet, une étude menée par des statisticiens de sports d'élite lors des précédents Jeux olympiques de Turin débouchait sur un constat révélateur. Au défi de la comparaison, il ressortait que 92 % des Allemands qui dominaient dans une discipline ont effectivement remporté une médaille, contre 60 % pour les Étatsuniens et un maigre 27 % pour les Canadiens.
Voilà qui mérite réflexion. Peut-être que la quête ultime trop axée sur l'or mène au désintérêt pour les autres marches du podium. Si bien qu'au lieu de l'atteindre, on s'en exclut. Le gérant d'estrade qui sommeille en chacun de nous aimerait savoir. Cela lui éviterait chaque fois de porter plainte pour perte de jouissance olympique...
Au pied du podium olympique
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