On l'a constaté lors des récents Jeux olympiques de Vancouver, s'il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué, il n'y a pas lieu non plus de se croire vaincu avant que les compétitions soient terminées. Ainsi, le Comité olympique canadien (COC) avait misé gros en annonçant son intention de culminer au premier rang des nations au classement des médailles. C'était placer la barre très haute, considérant les performances habituelles des grandes puissances hivernales comme les États-Unis, l'Allemagne, la Norvège, la Russie, et l'Autriche. Et pourtant, la bande de Nathalie Lambert, chef de la délégation canadienne, ne s'y est trompée que de très peu. De fait, si le Canada n'a pu faire mieux que le troisième rang avec 26 médailles, il a bel et bien foulé la plus haute marche du podium plus souvent que tout autre pays, établissant au passage un nouveau record de 14 médailles d'or lors des Olympiques d'hiver.
Heureusement, après une première semaine de compétitions plutôt frustrante, durant laquelle les athlètes canadiens ont davantage figuré que performé, les patineurs, bobeurs, curleurs, planchistes et hockeyeurs se sont dressés pour dominer leur sport respectif. De telles performances ravivent la conviction que pour se hisser parmi l'élite mondiale et y demeurer, il faut des appuis logistiques et financiers. Les Canadiens sont exigeants envers leurs représentants et à bon droit. Toutefois, s'ils veulent des résultats satisfaisants, ils doivent y consentir les investissements requis. Le gouvernement fédéral aura certainement pris acte de l'élan de fierté que suscitent le dépassement et le succès de nos athlètes pour confirmer dans son discours du budget la prolongation du programme «À nous le podium» assorti d'une enveloppe annuelle de plusieurs dizaines de M$. L'initiative devrait permettre d'être encore parmi les meilleurs dans quatre ans aux Jeux d'hiver de Sotchi et, qui sait, possiblement aussi en 2022 à Québec.
Dans cette opération de relations publiques nationales, le gouvernement canadien n'est certes pas sans escompter un important et très stratégique retour sur l'investissement. En effet, il n'y a pas meilleure occasion de mise en marché de la feuille d'érable rouge que lorsque Sidney Crosby marque le but vainqueur en période supplémentaire du match ultime du tournoi de hockey, ou lorsque Jessy-Jay Anderson vainc ses démons et remporte la descente parallèle en planche à neige après 16 ans de domination de sa discipline sans aucune médaille, ou encore lorsque le couple de patineurs de vitesse courte piste St-Gelais/Hamelin s'enlace après une belle récolte commune. Et que dire de la touchante performance de la patineuse artistique endeuillée Joannie Rochette, qui a réalisé son rêve olympique malgré le décès subit de sa mère et principale complice à son arrivée à Vancouver?
Même le plus fervent des indépendantistes québécois ne peut s'empêcher d'être étreint par les émotions lorsque pareil exploit est salué par l'hymne national au moment de la remise des médailles. Le calcul politique n'a donc pas dû être compliqué à établir. Qu'est-ce que 20 M$ par an pour exacerber la fierté du peuple et encourager le sport amateur, alors que la guerre en Afghanistan nous en coûte plus de 1 G$ annuellement pour voir trop souvent flotter l'unifolié en berne? Bref, si on veut économiser, il y a facilement moyen de trouver plus superflu que l'excellence, la fierté et la jeunesse…
Nécessité d'aider les athlètes olympiques canadiens
- Nombre de fois lu : 112
- Coter
- Haut de page


