Il a suffi d'une simple panne de courant prolongée, survenue à la suite d'un violent orage au beau milieu de la récente vague de beau temps, pour se rendre compte à quel point notre monde moderne ponctué de gadgets électroniques s'avère dépendant de l'énergie électrique. Une disette de quelques heures en début de soirée et se fut presque la catastrophe. Encore une chance qu'il n'y avait pas de hockey prévu à la télé et, surtout, que les Canadiens étaient déjà éliminés.
Exceptionnellement, ce soir-là, nous avions décidé de souper plus tôt qu'à l'habitude. Corvées printanières extérieures obligent, vers 18 h 15 nous étions prêts à affronter les mauvaises herbes de nos plates-bandes. À peine le bout du nez dehors, que déjà le ciel s'assombrissait et les roulements de tambour au loin nous annonçaient un orage. Vinrent aussitôt le déluge, puis les feux d'artifice célestes ponctués d'éclairs et de tonnerres de plus en plus rapprochés et inquiétants. Vers 18 h 30, c'est le coup de grâce. Dans un vacarme qui nous fait craindre la force de la Nature, l'électricité qui alimente si discrètement notre vie confortable est coupée nette. C'est la panne!
Bof, il suffira de patienter un peu. Habituellement, à proximité du parc Chauveau, les ruptures d'alimentation se font rares et de courtes durées. Sauf que cette fois, la panne semble sévère et nous serons mis à rude épreuve. Gâtés comme nous sommes, on oublie que sans courant non seulement on ne mange pas chaud, mais la cafetière aussi est hors service. Va pour un verre d'eau. Maintenant, comment agrémenter notre soirée? Dehors, malgré l'orage qui n'en finit plus de gronder, le temps reste clair et permet encore de feuilleter des revues. Un petit coup de téléphone pour prendre des nouvelles des parents et amis, pendant qu'Internet est court-circuité? Impossible, les appareils branchés à répondeur intégré ne fonctionnent pas, contrairement au bon vieux téléphone à roulette.
Pendant tout ce temps, les fenêtres et la porte-patio demeurent fermées. Question de sécurité pour éviter les courants d'air, alors que les éclairs dansent autour de la maison. L'air se réchauffe rapidement. Or, pas d'électricité pas de climatiseur, ni même de ventilateur. Passé 20 h 30 sous un ciel gris, c'est la nuit précoce. La maison devenue suffocante, il faut limiter les bougies pour ne pas empirer la situation. En été, mieux vaut opter pour la lampe de poche et son éclairage beaucoup moins romantique. À condition, bien sûr, de dénicher les piles trop bien rangées depuis la dernière panne.
Puisque l'orage reprend de plus belle et semble vouloir perdurer, le défi consiste à trouver un moyen de se désennuyer. Dès le départ, on écarte la télé, le cinéma-maison et la simple écoute de musique. L'ordinateur et ses multiples options sont à oublier, tout comme la possibilité de prendre de l'avance sur certaines corvées telles que la lessive, le repassage, l'aspirateur, voire la préparation de repas. En fait, on ne peut plus rien faire de nos jours sans électricité pendant un orage, sauf lire à la lueur de la lampe de poche et écouter la radio transistor à piles. Ce à quoi nous nous sommes résignés. Le lendemain matin, le courant n'étant toujours pas revenu, nous avons pris une douche tiède, grignoté quelques fruits et noix, puis nous sommes partis travailler sans armer le système d'alarme. Heureusement, la voiture n'était pas encore tout électrique elle aussi…
Courant vital à la modernité
- Nombre de fois lu : 252
- Coter
- Haut de page
