En cette fin de semaine du Grand Prix de Formule 1 à Montréal, après un intermède résultant d'une mésentente pécuniaire entre les promoteurs québécois et le grand manitou Bernie Ecclestone, le moment paraît propice à la réflexion quant à l'idée de tenir une course automobile dans les rues de Québec. Le dossier est porté par le ministre de l'Emploi du Québec et député de Louis-Hébert, Sam Hamad, qui se fait une fierté de contribuer à la notoriété de la Capitale. Or, s'il y a lieu de réjouir que des décideurs s'activent pour mousser le rayonnement de la région désireuse d'accueillir des grands événements, jusqu'à l'atteinte du summum que représentent les Jeux olympiques d'hiver, il faut néanmoins s'interroger sur la pertinence du projet et voir si une autre avenue serait préférable.
Fort louable à première vue, l'initiative du ministre de la région de Québec ne semble pas nécessairement souhaitable pour plusieurs raisons. D'abord, les rues de la vieille cité de Champlain ne sont pas appropriées pour recevoir des bolides de la série américaine Indycar Racing League (IRL) pouvant atteindre des vitesses supérieures à 300 km/h. Le décor pittoresque d'une ville fortifiée faisant partie du patrimoine mondial de l'UNESCO cadre plutôt mal avec les rutilantes et pétaradantes voitures de course. En cinéma, on qualifierait le scénario de «mauvais casting». Et puis, les connaisseurs le confirmeront, les courses sur des circuits urbains comme à Toronto ou même à Monaco sont rarement palpitantes. L'étroitesse des artères et la rareté des espaces de dépassement font en sorte qu'après les premiers tours, on assiste davantage à une sorte de défilé immuable qu'à une véritable course.
Outre l'aspect pratique, il y a celui des retombées politiques à considérer. Or, de ce côté-là aussi, les risques de déplaire sont importants. D'une part, Montréal a déjà la F1 en juin et une course Nascar en août, tandis que Trois-Rivières a son Grand-Prix à la fin juillet. Il faut se demander si on ne risque pas de diluer le produit en ajoutant une quatrième course automobile majeure en été. D'autre part, les promoteurs du GP de Trois-Rivières font des miracles pour maintenir en vie leur rendez-vous, dans une région où l'économie a bien besoin de ces rares entrées de capitaux étrangers. Ils craignent avec raison le coup de grâce que pourrait constituer l'avènement d'une épreuve IRL à une heure de route de chez eux. Pour un ministre provincial, il n'a jamais été stratégiquement très rentable de déshabiller Pierre pour habiller Paul. Sans oublier l'exaspération potentielle des résidents du Vieux-Québec, site pressenti pour aménager un circuit temporaire, à qui on demande beaucoup de sacrifices pour le Carnaval, le Red Bull Crashed Ice et le Festival d'été notamment.
Mais, au-delà de toutes ces considérations, il importe avant tout de mesurer le bien-fondé d'ajouter une course automobile au chapelet d'activités estivales qui animent Québec, de la fête des Patriotes jusqu'à celle de l'Action de grâce. Dans une ville patrimoniale, soucieuse de se démarquer par sa nouvelle orientation en faveur du développement durable, inquiète ces jours-ci pour son alimentation en eau potable et candidate à l'organisation du Forum des cultures dont un important volet porte sur l'environnement, la tenue d'une compétition de mécaniques bruyantes et polluantes a bien peu d'attraits. Pour être originaux et avant-gardistes, pourquoi ne pas songer à organiser une compétition de véhicules électriques, voire solaires? Québec deviendrait ainsi une pionnière dans le développement des automobiles de demain et une plaque tournante du génie des transports d'avenir…
Course à l'innovation automobile
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