Entre-temps, la décision de la Ville de Québec de tenter de mieux encadrer la Fête nationale qui a trop tendance à déraper ne peut qu'être applaudie. Le maire Labeaume a décrété que c'était terminé. Le party d'ivrognes qui déambulent comme des zombies au coeur d'une ville du patrimoine mondial, la caisse de 12 bières sous le bras, c'est disgracieux et néfaste pour l’image de la cité de Champlain. Comme toujours, les abus et les excès du passé auront pénalisé la génération suivante. Désormais, la bière sera vendue sur place par les organisateurs et les débordements seront réprimés. Or, c'est peut-être là que réside le risque d'escalade. Connaissant le faible âge mental d'une foule éméchée, la présence dans les rues de la totalité de l'effectif policier pourrait bien, à elle seule, être perçue comme une provocation et contribuer à envenimer les choses.
Souhaitant limiter les dégâts post-célébrations, la capitale pourrait bien devenir l'artisane de son propre malheur. Par le passé, les fêtards ont saccagé plusieurs commerces et bâtiments, dont l'Assemblée nationale, siège du gouvernement de la nation dont ils sont censés souligner l'anniversaire. Le vandalisme à l'époque des années 1990 avait justement mené à une réflexion sur les moyens d'atténuer les irritants pour que la fête se déroule sans anicroche. Parmi les suggestions retenues, il était notamment question de réduire la présence policière et d'accroître la tolérance envers les participants qui se déplacent avec leur glacière sinon leur bar portatif. L'omniprésence des forces de l'ordre annoncée pour l'édition 2011 envoie le message carrément inverse. De plus, avec plusieurs dizaines de policiers privés de vacances pour cette période chaude, on peut craindre que la courtoisie ne soit pas nécessairement au rendez-vous.
Par le passé, on avait aussi choisi de concentrer les célébrations sur un même site, soit les plaines d'Abraham, afin de contenir la foule et de pouvoir tranquillement l'engourdir avec des prestations musicales en decrescendo jusqu'aux petites heures du matin. Le principe a donné de bons résultats pendant quelques années, puis la tendance aux écarts de conduite est revenue au galop. Une fois de plus, les abus d'une minorité auront pénalisé la majorité. Or, voilà encore que les autorités font volte-face et proposent jusqu'à quatre sites de musique. En plus d'éparpiller la foule, les nombreux périmètres de contrôle des sacs à dos risquent de repousser les indésirables vers des secteurs plus isolés. Le danger que la fête dégénère s'avère donc très réel. En fait, le meilleur moyen de refroidir les ardeurs des petits voyous malintentionnés serait qu'il pleuve toute la soirée du 23 juin…

