Nous ne pouvons passer sous silence certains messages problématiques véhiculés par l’auteur du nouveau livre «Écrasons la cigarette, pas le fumeur». Le psychiatre Jean-Jacques Bourque distord la lutte contre le tabac en la présentant comme un combat entre fumeurs et non-fumeurs et sème la confusion concernant des supposés bénéfices de la cigarette.
Soyons clairs : C’est la nicotine, et non la cigarette, qui aurait un effet thérapeutique chez certains individus souffrant de maladies mentales. Mais ce sont des cas exceptionnels qui devraient être traités dans un contexte clinique et qui ne devraient pas être généralisés à toute la population ni au tabac vendu au grand public.
Doit-on encore rappeler que, dans l’histoire du monde, c’est la cigarette qui a causé plus de décès que tout autre produit de consommation? L’Organisation mondiale de la Santé estime que 500 millions de personnes vivantes aujourd’hui mourront à cause du tabac, incluant 5 millions cette année. Au Canada, c’est plus de 37 000 personnes qui meurent chaque année de maladies causées par le tabac, soit l’équivalent de 12 fois la catastrophe du World Trade Center. Les chiffres sont si astronomiques que leur portée est difficilement concevable. Et il ne faut pas oublier les milliers d’autres personnes qui doivent vivre avec les effets douloureux du cancer, de l’emphysème, des maladies cardiovasculaires et de toutes les autres afflictions causées par le tabagisme.
Faire de la lutte antitabac un combat entre fumeurs et non-fumeurs, c’est répéter la pratique de l’industrie du tabac, qui cherche toujours à détourner l’attention du public de ses pratiques commerciales mortelles. En fait, les groupes antitabac considèrent les fumeurs comme des victimes de l’industrie. Les fumeurs paient le plus gros prix, soit avec leur santé et, dans un cas sur deux, leur vie. La plupart d’entre eux ont commencé à fumer lorsqu’ils étaient enfants ou adolescents, et la grande majorité désire arrêter. Mais en manipulant la nicotine dans le tabac, l’industrie s’assure que les fumeurs peuvent difficilement arrêter.
En somme, l’objectif des campagnes et des mesures de réduction du tabagisme n’a jamais été de culpabiliser les fumeurs. Le but a toujours été de prévenir l’adoption du tabagisme chez les jeunes et d’appuyer les fumeurs qui désirent arrêter. Les interdictions de fumer visent à protéger les non-fumeurs de la fumée secondaire. Les mises en garde dérangent peut-être, mais elles procurent aux fumeurs des informations véridiques sur les effets des produits qu’ils consomment, informations que l’industrie s’efforce de leur cacher.
Enfin, la lutte est loin d’être gagnée et les gouvernements devraient faire encore plus pour empêcher l’industrie de recruter de nouveaux fumeurs, par exemple en réduisant davantage l’attrait des produits du tabac. Il faut aussi continuer d’appuyer les fumeurs en leur offrant des services et des aides thérapeutiques reconnues, comme les groupes de soutien, et des timbres et gommes nicotiniques.
En continuant d’implanter des mesures efficaces de réduction du tabagisme, le Québec protégera davantage ses citoyens contre le piège mortel et dévastateur qu’est la cigarette.
Réaction au livre «Écrasons la cigarette, pas le fumeur»
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