S'établir en agriculture autrement qu'en «suppliant» le banquier


Publié le 2 février 2017

De gauche à droite, Vincent Marcoux, Charles-Emmanuel Gagnon-Coupal et Léandre Chagnon.

©Photo TC Media - Hélène Ruel

De ce nouveau Salon des modes alternatifs d'établissement, Léandre Chagnon hésite à en parler comme d'une activité visant à distiller l'«espoir» pour ces jeunes qui projettent vivre d'agriculture. «Il existe des moyens de s'établir autrement qu'en achetant une ferme telle quelle et de devoir, pour l'acquérir, s'asseoir devant le banquier pour «vendre» son projet, le supplier d'obtenir des fonds. Ce sont ces autres moyens que le Salon voulait faire connaître», résume-t-il.

Étudiant de troisième année en production légumière et fruitière biologique du cégep de Victoriaville, Léandre Chagnon fait partie du comité organisateur de ce Salon dont, déjà, il espère une deuxième édition l'an prochain, celle-là «panquébécoise».

L'activité tenue au Pavillon Arthabaska entièrement organisée par les étudiants du cégep de Victoriaville en a rassemblé quelque 140. Comme s'ils étaient sortis de leurs salles de cours pour s'informer des différentes avenues que peut prendre leur projet d'établissement en agriculture.

Ils ont pu en savoir davantage sur les partenariats d'affaires, les entreprises d'économie sociale, les coopératives, les banques de terre, la fiducie foncière agricole d'utilité sociale.

De nouvelles avenues

La fiducie foncière, cette formule par laquelle une société à but non lucratif achète ou loue une terre afin de la protéger à perpétuité, a piqué la curiosité de Charles-Emmanuel Gagnon-Coupal, également étudiant en troisième année.

Originaire de la Montérégie, il projette s'installer dans la région de Charlevoix pour cultiver la terre rachetée par un groupe de citoyens du coin qui souhaitait préserver sa vocation agricole. Le futur agriculteur de 23 ans louera cette terre afin d'y cultiver des légumes de restauration… et peut-être, semer l'idée d'instaurer une fiducie foncière comme il en existe une, Cadet Roussel, la première au Québec à s'implanter au mont St-Grégoire.

Il était ravi de participer au Salon des modes alternatifs d'établissement pour en apprendre davantage sur les différentes avenues qui s'offrent à la relève. «Avant, on achetait une terre pour presque rien et la plupart des transferts étaient apparentés. Ce n'est plus le cas maintenant.»

Si son confrère Chagnon hésite à prononcer le mot «espoir» en parlant du Salon, le jeune Gagnon-Coupal dit que l'activité en génère. «Vivre d'agriculture suscite beaucoup de craintes. On parle de stress, d'épuisement. Par les conférences, particulièrement celles des nouveaux établis, nous motivent, nous dynamisent. Ils sont porteurs d'idées et donnent des ailes à d'autres.»

«Viser mieux plutôt que gros»

Lors de l'activité de speed dating, Vincent Marcoux, ancien étudiant au cégep de Victoriaville – finissant en 2014 -, a particulièrement capté l'attention des participants au Salon.

Pourquoi s'est-il attiré autant l'intérêt de participants? Peut-être, croit-il, parce que l'expérience d'un des leurs, fraîchement établi, rejoint davantage leurs réalités.

Peut-être aussi parce que Vincent Marcoux a partagé sa perception et ses réflexions sur l'agriculture, ses visées. «En agriculture, on s'imagine qu'il faudra toujours travailler 80 heures par semaine… comme une fatalité.»

En train de démarrer son Jardin des funambules à Saint-François-Xavier avec sa conjointe et deux autres associés, Vincent Marcoux a travaillé pendant trois ans aux Jardins d'Inverness aux côtés de Timothé Croteau. Il y a mis en pratique les connaissances acquises au cours de sa formation. Et parce que, dit-il, il n'a pas que sarclé ou coupé des laitues, il a pu acquérir de l'expérience en gestion et en mise en marché.

Il y a appris qu'en agriculture, il faut viser mieux que viser gros. «On ne devient pas meilleur parce qu'on a un plus gros tracteur!»

Il a également partagé ses réflexions sur la relève, sur la production locale, sur l'importance de lui donner un second souffle.

Vincent Marcoux était l'un des conférenciers invités à raconter son parcours. «Dans ce genre d'activité, ce sont surtout des intervenants qui prennent la parole. C'était bien qu'on invite aussi des agriculteurs.»

Des intervenants, il y en avait plusieurs, ce qui offrait aux participants l'occasion d'un contact direct avec eux, souligne Léandre Chagnon.

Plusieurs ressources

Le Salon a ainsi fait de la place à des gens du Centre d'innovation sociale en agriculture (CISA), de la Coop Grenier Boréal, de Protec-Terre, du ministère de l'Agriculture, de Place aux jeunes en région, des MRC d'Arthabaska et de L'Érable, du Fonds d'investissement pour la relève agricole, de la Fédération de la relève agricole du Québec, de la Financière agricole du Québec, du Centre régional d'établissement en agriculture et de la Coopérative de développement régional du Québec.

 

 

Une table très fréquentée, celle de Vincent Marcoux

©Photo TC Media - Hélène Ruel

Léandre Chagnon, un des membres du comité organisateur

©Photo TC Media - Hélène Ruel

Créé en 1999, l'organisme Protec-terre a pour mission de conserver et de protéger des terres agricoles et de stimuler l'agriculture associative.

©Photo TC Media - Hélène Ruel

Vincent Marcoux a témoigné de son parcours et partagé ses rélfexions.

©Photo TC Media - Hélène Ruel