Alice Paquet s’exprime dans une lettre ouverte

Publié le 3 février 2017

La lettre écrite par Alice Paquet s’intitule «Finalement, elle s’est pas fait violer».

©Photo Radio-Canada

Alice Paquet, la jeune femme qui avait déclaré publiquement en octobre dernier avoir été agressée sexuellement par le député Gerry Sklavounos, a publié une lettre ouverte dans le journal Le Devoir de vendredi. Elle fait ce témoignage en réaction à la décision survenue jeudi du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) de ne pas porter d’accusations contre M. Sklavounos.

«Ma situation n’est pas unique – elle appartient plutôt aux 5 % de cas dénoncés à la police, puis aux 99,7 % de ces mêmes cas où l’agresseur ne recevra aucune accusation», écrit la jeune femme. Elle affirme qu’elle désirait rendre publics les obstacles auxquels elle a fait face, soulignant le mépris dont sont la cible les victimes d’agressions sexuelles.

«J’ai reçu des mots horribles, des regards qui me transperçaient quand je marchais vers le travail, des menaces aussi.» La lettre écrite par Mme Paquet s’intitule «Finalement, elle s’est pas fait violer».

Selon elle et une amie dont elle reprend la réflexion, les victimes doivent avoir été «parfaites»; ce qu’elle n’a pas été.

«[L]es plaintes d’agressions sexuelles ne sont pas prises au sérieux si les victimes ont des moeurs sexuelles «trop libres» ou si elles sont entrées volontairement chez l’accusé. avance-t-elle. On nous accorde également moins de crédibilité lorsque nous retirons notre consentement pendant la relation sexuelle. En somme, il nous faudrait être des «victimes parfaites» pour se faire entendre, soit des femmes irréprochables et en mesure de documenter à la minute près les détails de l’agression.»

Alice Paquet déclare trouver une «source inépuisable d’inspiration» parmi les femmes qui dénoncent leurs agresseurs, et rappelle que le problème des agressions est «large [et] immense», en évoquant le cas récent du député libéral Pierre Paradis, visé par une plainte d’inconduite sexuelle.

«Le combat s’annonce long et tortueux, conclut-elle, mais je suis déterminée à le mener au nom de toutes celles qui souffrent dans le silence, qui ne dénoncent pas par peur des représailles ou de l’opprobre public — tant et aussi longtemps que notre système juridique et nos moeurs n’accorderont pas aux survivantes de viol un traitement décent, il nous faudra scander haut et fort nos slogans, et surtout mener fièrement notre lutte, ici et maintenant.»

 

Par Rédaction