Le Québec va trop vite
Le Québec va trop vite
Benoit Charette
Dans un geste qui se veut un défi au laxisme du gouvernement fédéral en matière d’environnement, le Québec imposera de nouvelles normes dès cette année aux grands constructeurs d'automobiles. Adoptées en douce en plein temps des Fêtes, le 29 décembre dernier, ces normes s'inspirent de celles de la Californie, les plus exigeantes au monde. Les GM, Ford et Toyota, qui vendent plus de 12 000 véhicules par année dans la province, devront dorénavant respecter une moyenne d'émission de gaz à effet de serre. À partir du 14 janvier, la moyenne pour les automobiles et les camions légers sera de 187g de GES le kilomètre. Elle passera graduellement à 127g/km en 2016. C'est cette année-là que les constructeurs devront publier leur bilan et démontrer qu'ils ont respecté les normes. S'ils l'ont fait, ils seront récompensés par des crédits qu'ils pourront engranger ou revendre. Les mauvais élèves, eux, devront verser au Fonds vert du gouvernement du Québec une redevance d'environ 500$ par véhicule non conforme vendu ici. Dons à compter d’aujourd’hui la moyenne des véhicules ne devra pas polluer plus qu’un Honda Civic qui produit environ 185 gr par kilomètre. Et dans six ans, à peine plus qu’un véhicule hybride. Et cela comme moyenne générale pour l’ensemble de la flotte d’un constructeur.
Comment Québec compte y arriver
Pour arriver à de tel chiffre, Québec veut forcer la main des constructeurs en augmentant la production de véhicules hybrides rechargeables sur la route. Le Québec après tout est le roi de l’électricité et regorge de ressources à bon marché. Il y a un problème que le Québec a oublié, cette technologie n’est pas prête à faire face à la musique et tous les constructeurs nous l’ont dit à Détroit. Regardons d’abord le véhicule tout électrique. Le premier obstacle est l’autonomie. Pour chaque kilowatt de puissance une pile peut parcourir environ 8 kilomètres dans des conditions idéales. Un véhicule possède une pile de 20 kilowatts comme la future Nissan Leaf peut idéalement parcourir jusqu’à 160 km. Mais pour avoir une batterie qui va durer plusieurs années, il ne faut pas l’utiliser à 100% de sa capacité, mais bien 50%. Donc la réalité sera plus près de 80 à 100 km. Le deuxième obstacle est le prix. Chaque batterie au Lithium-Ion coûte environ 1 000$ du kilowatt. En prenant le même exemple, une batterie de 20 kilowatts coûte environ 20 000$ et ce uniquement pour la batterie. Finalement pour ce qui est des infrastructures, rien n’est fait et construire un réseau coûtera une fortune. Il ne faut pas oublier le facteur climatique. Une batterie donne son plein rendement à 25 degré Celsius. Lorsque le thermomètre indique 5 degré, il vous reste 25% de capacité et à partir de -5 degré, une pile au lithium cesse tout simplement de fonctionner. Ce qui nous amène aux hybrides rechargeables qui ont l’avantage de posséder un moteur d’appoint qui permet au véhicule de démarrer même par temps froid, mais le facteur température est encore un problème. Du mois de novembre au mois de mars, vous allez posséder un véhicule à essence. La partie hybride sera efficace que quelques mois par année et la batterie va elle aussi coûter 20 000$ à l’achat. Bref, cette technologie est prometteuse, mais sera réellement prête dans 10 ans. L’industrie de l’hybride rechargeable est trop jeune, trop dispendieuse et sans support. Je comprend le gouvernement de vouloir forces la main des constructeurs pour produire plus de ces véhicules, mais Québec a oublié l’essentiel, le consommateur. Personne ne va payer entre 45 000$ et 50 000$ pour faire l’achat d’une technologie qui demande encore des années de raffinement. La performance annoncée n’est pas au rendez-vous, la fiabilité est encore aléatoire, il n’existe aucun personnel formé pour faire l’entretien de ces véhicules. Les millions que le Québec dépensera pour cette cause ne donneront rien, il est trop tôt.
En lieu et place d’une loi qui ne fait aucun sens, le Québec devrait plutôt investir dans la recherche sur les solutions électrique pour l’avenir et utilisé Hydro-Québec comme levier dans ce dossier avec toute l’expertise qu’on lui reconnaît. Cette loi est un grand coup d’épée dans l’eau qui va seulement engendrer de la frustration.
Jean Deschenes
Commentaire mis en ligne le 18 janvier 2010Les voitures EV1 et Toyota Rav4EV (voir "Who killed the electric car?") ont demontrés, quoi qu'en disent les constructeurs, que la technologie existe depuis plus d'une decenie. Les EV1 et Rav4EV etaient de vraies voitures avec une autonomie de plus 150km ce qui ne conviens pas a tous mais suffit pour une bonne portion des conducteurs.
Cote infrastructure de recharge, le cout de l'unite de branchement est relativement faible et celui de l'electricite aussi, ont peu facilement imaginer que plusieurs commerces iront de l'avant et installeront des bornes pour les clients(Pour IKEA par exemple offrir 2$ d'electricite gratuitement a un client qui va probablement acheter pour plus de 100$ vaut la peine), et certains commerces y veront une facon d'attirer des clients. L'infrastructure de recharge ne sera pas un probleme, du moment que l'ont aie une prise standard.