La recherche de vie extraterrestre pourrait se jouer au fond des mines

La plus vieille eau du monde découverte à Timmins


Publié le 15 mars 2017

Les prélèvements d’eau ont été effectués à une profondeur de trois kilomètres sous la surface. Alors que les chercheurs s’attendaient à trouver de petits écoulements provenant de veines isolées, ils sont plutôt tombés sur une source au débit de plusieurs litres à la minute.

©Université de Toronto

L’avenir de l’exploration spatiale et de la recherche de vie sur d’autres planètes pourrait se jouer au fond des mines.

À la mine de cuivre/zinc Kidd de Glencore près de Timmins, une équipe de chercheurs de l’Université de Toronto a identifié ce qui pourrait être la plus vieille eau au monde. Âgée de quelque deux milliards d’années, celle-ci a été découverte à trois kilomètres sous la surface, soit à une profondeur similaire à celle des mines LaRonde et Westwood, en Abitibi-Témiscamingue.

Dater l’eau

Pour arriver à calculer l’âge de l’eau prélevée au fond de la mine Kidd, les chercheurs de l’Université de Toronto ont recouru à une technique qui utilise les gaz nobles, soit l’hélium, l’argon, le krypton, le néon et le xénon. Au fil du temps, ces gaz contenus dans la roche interagissent avec l’eau. Plus l’eau est âgée, plus ces gaz y sont concentrés.

Une découverte… connue depuis 130 ans!

Dégageant une forte odeur, dotée d’une couleur jaunâtre en raison de la présence de fer, affichant une concentration en sel huit fois plus élevée que l’eau de mer et présentant une certaine viscosité, l’eau sourdait du sol à un rythme de plusieurs litres à la minute. Non seulement les chercheurs s’attendaient à ne trouver que de petites veines enchâssées dans la roche, mais le volume de liquide était nettement supérieur à ce que tous anticipaient.

«Le plus fascinant, c’est que la communauté minière le sait depuis plus de 130 ans. Demandez à n’importe quel mineur du Canada, de l’Afrique ou de l’Australie qui travaille à ces profondeurs et il vous dira qu’il a déjà vu ces veines d’eau salée à l’odeur forte. Ce fait était cependant passé sous le radar des scientifiques», a expliqué la géochimiste Barbara Sherwood Lollar, responsable de l’équipe de recherche de l’Université de Toronto, dans une entrevue accordée à la Presse canadienne.

Tous les ingrédients pour la vie

Là où cette découverte devient particulièrement intéressante, c’est que l’eau analysée à la mine Kidd contient de nombreux éléments chimiques en dissolution. Des éléments qui permettent à la vie de proliférer en l’absence de toute chaleur ou lumière prodiguées par le Soleil et qu’on retrouve notamment à proximité des cheminées hydrothermales, dans les endroits les plus profonds de l’océan.

«Si nous avons pu découvrir de l’eau courante à une telle profondeur de la croûte terrestre contenant tous les ingrédients capables de supporter la vie, cela entraîne des implications majeures pour l’exploration spatiale. De telles veines d’eau riches en éléments chimiques pourraient en effet se trouver sous la surface de planètes telles que Mars», a fait valoir Mme Sherwood Lollar.

Des preuves à faire

Les prochains travaux de l’équipe de recherche de l’Université de Toronto viseront justement à déterminer si l’eau de la mine Kidd abrite ou aurait pu abriter la vie. Pour ce faire, les chercheurs tenteront de reproduire en laboratoire les conditions environnementales favorables à la prolifération de microbes. Ils analyseront également l’ADN des cellules prélevées dans l’eau.

S’ils parviennent à prouver qu’une vie microbienne existe quelque part à de telles profondeurs, cette vie représenterait une forme qui aurait évolué de manière totalement indépendante de toutes les autres sur Terre.